Célébration de la messe du lundi de Pâques à Bkerké (22 avril 2019)

L’Ambassadeur de France au Liban, M. Bruno Foucher, et une délégation de l’Ambassade ont assisté à la traditionnelle messe du lundi de Pâques aux intentions de la France, célébrée à Bkerké par Sa Béatitude Éminentissime le Cardinal Béchara Boutros Raï, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient de l’Église maronite.

La messe a été suivie d’un déjeuner au siège du patriarcat, au cours duquel l’Ambassadeur a souligné dans son allocution la relation fraternelle et singulière qui unit la France et le Liban depuis tant de siècles, ainsi que la richesse de la coopération bilatérale :

"Béatitude,
Messeigneurs,
Excellences,
Révérends pères,
Chers amis,

Permettez-moi tout d’abord de Vous remercier chaleureusement pour votre accueil, Béatitude, et de Vous dire combien je suis à la fois fier et ému de me trouver à nouveau en ces lieux, siège du Patriarcat maronite d’Antioche et de tout l’Orient, à l’occasion de la célébration de la Pâques catholique.

C’est, pour mes collaborateurs et moi-même, une grande joie et un grand honneur que de nous retrouver à vos côtés pour cette circonstance à la fois solennelle et conviviale qui nous réunit chaque année. Aucun obstacle n’a eu raison de nos retrouvailles, pas même la guerre, malgré les risques attachés aux déplacements aux heures les plus sombres de l’histoire du Liban. Car ce voyage vers Bkerké est l’occasion de perpétuer la relation fraternelle et singulière qui unit depuis tant de siècles notre pays au siège patriarcal et, au-delà, à tous les Libanais.

Avant cette messe, je relisais ce passage célèbre de l’Évangile de Jésus-Christ selon Saint-Jean, celui des marchands du Temple. J’ai retenu cette parole du Christ : « Détruisez ce sanctuaire et en trois jours, je le relèverai ». Et c’est quand on lui répondit qu’il avait pourtant fallu tant d’années pour le construire, que l’on comprit finalement qu’il parlait en fait de son corps.

Cette formule, à l’heure où les cendres pavent le parvis de Notre-Dame de Paris, me frappe par sa contemporanéité, elle me frappe par son éternité. Sa portée va bien au-delà de l’Eglise, de la France ou du Liban. Elle est universelle dans l’espérance qu’elle propage. Notre histoire, celle du Liban comme celle de la France, est une histoire dense et souvent tragique. Elle est emplie de ces moments où la ruine précède la reconstruction de l’ouvrage, où la force de l’âme d’un peuple le sauve du désespoir et où l’union fraternelle se trouve stimulée par des souffrances inscrites dans la chair et dans la pierre.

***

Béatitude,

En prononçant une fois de plus une messe à l’attention de notre pays, Vous nous apportez un témoignage qui nous va droit au cœur et Vous contribuez à bâtir l’avenir des relations entre nos deux pays.

Mais plus largement aujourd’hui, ce sont toutes les autorités de notre pays, au premier rang desquelles le Président de la République, Monsieur Emmanuel MACRON, qui a eu le plaisir de Vous recevoir à Paris en mai dernier, qui sont représentées à travers moi et qui souhaitent Vous témoigner leur fidélité et leur indéfectible amitié.

Notre coopération couvre, Vous le savez, des domaines très différents : politique, sécurité, économie, santé et culture. La clef de voûte en est la coopération mise en place dans le domaine de l’enseignement, à laquelle contribue activement la communauté catholique, et notamment maronite et dont nous sommes très fiers. Elle reste, il est bon de le rappeler, un important vecteur du rayonnement de la langue et de la culture françaises au Liban et dans la région. Cette langue et cette culture, si profondément ancrées dans la société libanaise, nous unissent, et ouvrent aux jeunes de toutes origines et de toutes conditions de vastes horizons intellectuels et professionnels.

J’ai éprouvé moi-même la force de nos liens culturels et idiomatiques lors de mes nombreux déplacements dans des établissements scolaires chrétiens, où j’ai toujours été très chaleureusement reçu. C’est pourquoi je Vous exprime, comme l’an dernier, notre profond attachement à cette coopération éducative et académique, et notre volonté de la renforcer. Comme l’a voulu le Président de la République, et ce n’est qu’un des nombreux exemples de notre volonté de renforcer nos liens, nous allons augmenter sensiblement le nombre des bourses à des étudiants ecclésiastiques maronites en master et en doctorat, au cours des prochaines années. Un accord sera à ce titre bientôt signé entre les autorités concernées.

Au travers de la francophonie, ce sont aussi des valeurs universelles que nous partageons avec Votre Église : la paix, la tolérance, la diversité. Je pense également à ce concept si fort de fraternité, qui est la matrice primordiale de la foi chrétienne et de la République française. A toute époque (et la nôtre n’y échappe pas), cette fraternité relève du combat pour la défense des droits et l’égalité avec notre prochain, pour la dignité.

Ces valeurs sont au cœur de l’enseignement dispensé dans les écoles et les instituts que Vous patronnez, et qui jouent un rôle fondamental dans la formation des élites libanaises. Ces valeurs sont notre façon de penser le monde et de le construire. Elles trouvent à s’incarner dans les axes de notre diplomatie, laquelle est, comme celle du Saint-Siège, animée par une aspiration à l’universel.

***

Béatitude,

Depuis la célébration de Pâques l’an dernier, l’actualité politique menace ce message de paix et de fraternité. La situation au Liban nous préoccupe. Comme il faut au tailleur de pierre une perspective visionnaire et une âpreté au labeur pour construire une cathédrale, nous formons le vœu que les hommes et femmes politiques libanais construisent les fondations solides d’un État pérenne. Cette structure doit être à la mesure de cette civilisation millénaire qui est la vôtre.

Contribuer à ce grand œuvre, c’est tout d’abord préserver la stabilité du Liban. C’est ce à quoi s’emploie la France en assurant une contribution majeure à la FINUL, la plus importante participation française pour une opération de maintien de la paix, et au sein des instances internationales où elle occupe une place particulière. Une des priorités de notre diplomatie est d’assurer le calme au Sud du pays et de veiller à l’application complète de la résolution 1701 et des résolutions suivantes. Une République du Liban plus stable sur ses frontières doit aussi être plus sûre dans ses terres et plus souveraine sur la mer. C’est pourquoi nous soutenons l’armée libanaise et les services de sécurité, dont les capacités se développent. Nous connaissons la valeur des hommes et des femmes libanais travaillant à cela et nous poursuivons cet espoir de sécurité à leurs côtés. Nous avons débloqué un prêt de 400 millions d’euros lors de la conférence de Rome II et augmenté considérablement notre coopération, aujourd’hui la plus importante de tous les pays méditerranéens, avec 45 millions d’euros de dons.

Cet effort n’est en fait pas un enjeu de chiffres, il témoigne de combats quotidiens. Côte à côte, nous avons combattu Daesh et avons triomphé.

Notre soutien enfin, c’est une contribution à la société civile libanaise, que nous admirons pour son assistance aux démunis, son rôle dans la coexistence pacifique de tous, le « vivre-ensemble » libanais, si singulier et si nécessaire aujourd’hui.

Œuvrer pour un Liban plus fort, c’est aussi apporter une réponse juste, rassurante et humaine à la crise des réfugiés syriens. Nous ne pouvons rester insensibles à leur sort, mais nous ne pouvons rester également insensibles aux conséquences de leur présence. C’est le sens de l’appel que Vous avez lancé au Président de la République lors de votre rencontre à Paris. Comme vous, nous souhaitons que ces réfugiés puissent retourner chez eux où est leur place. Ce retour doit pouvoir se faire dans des conditions propices, de manière sûre et volontaire. D’ici là, nous continuerons à nous tenir auprès du Liban et à tâcher d’alléger la lourde charge que représente ces réfugiés pour le Liban. C’est le sens de notre engagement lors de la dernière conférence de Bruxelles. Nous maintiendrons notre aide aux réfugiés ainsi qu’aux populations libanaises vulnérables, en soutenant de nombreux projets d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures.

Au-delà de cela, notre priorité au Liban, c’est le bien-être d’un peuple-frère : la nation libanaise. Ces derniers mois ont permis de réduire l’incertitude politique, un gouvernement ayant pu être formé. Il doit porter les espoirs d’un peuple dans l’avenir avec la détermination et l’énergie qui le caractérisent. Lors de la conférence CEDRE, nous avons soutenu les très nombreux projets de développement au Liban. Nous avons souhaité, écoutant les appels du peuple libanais et y compris ceux lancés par l’épiscopat lors du synode de l’été 2017, appuyer la réforme ambitieuse de l’État et de l’économie libanaise. L’heure est aujourd’hui à l’urgence autant qu’au courage. Il faut construire, dans un esprit d’unité entre les gouvernants libanais, de tous bords politiques et de toute confession.

Le gouvernement libanais a montré ces dernières semaines sa volonté de mettre en place les réformes nécessaires. Le plan pour l’électricité a été adopté, le 16 avril dernier. Le budget est en discussion et devrait bientôt également être adopté. Nous formons le vœu que les autorités libanaises poursuivent dans cette voie. Et qu’elles n’oublient pas les engagements qu’elles ont pris devant la nation le 15 février 2019 en faisant adopter par le Parlement la déclaration ministérielle qui doit constituer leur viatique désormais. La tâche est importante tant en matière d’action que de méthode. La transparence et la bonne gouvernance pavent la voie du peuple Libanais, afin qu’il réinvestisse le destin de la Nation et croit en son avenir.

***

Béatitude,

Je Vous exprime ma vive reconnaissance, ainsi que celles de mes collaborateurs et collaboratrices, pour Vos prières à l’intention de la France et de ses représentants. Je souhaite Vous assurer des vœux les plus chaleureux que nous formons pour Votre personne, pour tous les évêques qui Vous entourent aujourd’hui, pour le bonheur de la communauté maronite et de tous les Libanais.

Permettez-moi, pour terminer, de citer la grande Nadia Tueni, qui me touche par son évocation de l’Espérance :

« Il suffit d’un regard pour que gronde la pierre,
D’un regard qui embrasse et moule l’univers,
Il suffit d’un regard pour dans une prière
Voir s’étendre la vie au néant vaste et mou »
(Nadia TUENI, Les textes blonds, 1963)

Je lève mon verre à cette belle amitié qui nous réunit aujourd’hui, et à nos vœux communs, pour un Liban apaisé et prospère.

Vive le Liban !
Vive la France !
Vive l’amitié franco-libanaise !"

Dernière modification : 23/04/2019

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