Escale de la mission "Jeanne d’Arc" 2018 à Beyrouth

Retrouvez le discours prononcé par l’Ambassadeur Bruno Foucher à bord du BCP Dixmude à l’occasion de l’escale de la campagne navale "Jeanne d’Arc" à Beyrouth.

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Monsieur le Président Michel Sleiman,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et les représentants des organisations internationales,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Monsieur le Vice-amiral, Monsieur le Capitaine de vaisseau,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités religieuses, judiciaires et administratives,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

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Je suis particulièrement heureux de me trouver, ce soir, à bord du « Dixmude », l’un des fleurons de la Marine nationale, cette Marine dont les Français sont, à juste titre, si fiers.

Comme vous le savez, la campagne de la « Jeanne d’Arc », dont nous espérions l’escale ici depuis plus d’un an, a rallié directement Beyrouth depuis Toulon. Je veux y voir un trait d’union supplémentaire avec le Liban, notre ami le plus proche dans cet Orient qui nous est si proche.
Cette amitié est historique et indéfectible, nous le savons tous.

Elle s’exprime dans la vitalité de notre coopération bilatérale dans le domaine militaire. Elle se traduit également par la défense du Liban dans les enceintes internationales et par la participation ancienne de la France à la FINUL. Elle s’inscrit, enfin, dans la francophonie, espace culturel, communauté de valeurs et, de plus en plus, acteur du maintien de la paix.
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Chers amis,

Forte de la confiance des autorités libanaises, en particulier de la vôtre, Monsieur le Ministre de la Défense, l’armée française a une présence permanente au Liban et contribue, aux côtés des forces armées libanaises, à la sécurité du pays et de la région.

Ainsi, plus d’une centaine de formateurs français viennent ici, tous les ans, pour encadrer des stages de plusieurs semaines au sein des unités libanaises. Je salue d’ailleurs tous ceux qui sont présents parmi nous ce soir et qui partagent avec leurs camarades libanais leur connaissance des techniques militaires les plus poussées.

Par ailleurs, au titre de la présence permanente française en Méditerranée orientale et pour la sécurité de toute la région, dix bâtiments de premier rang se succèdent tous les ans en escale à Beyrouth. Nous sommes, en dehors de la force maritime de la FINUL, la seule nation à organiser de telles escales. Marins et pilotes français trouvent à Beyrouth tout le soutien qui leur est nécessaire, ainsi que l’opportunité de renforcer encore les liens qui les unissent à leurs camarades libanais.

Au Sud du Litani aussi, nous sommes engagés en faveur de la sécurité du Liban. La France est présente dans la FINUL depuis bientôt 40 ans, avec d’autres pays amis du Liban, avec deux objectifs. D’abord, contribuer au maintien de la stabilité qui prévaut au Sud-Liban depuis plus de dix ans. Ensuite, grâce au travail quotidien avec l’armée libanaise dans cette région, l’aider à y assumer chaque jour davantage sa mission. L’objectif de la communauté internationale, tel qu’il est rappelé régulièrement par le Conseil de sécurité, reste que le gouvernement libanais puisse progressivement exercer intégralement sa souveraineté sur l’ensemble du territoire libanais. Au Liban comme ailleurs, c’est le monopole de la force qui fonde la souveraineté de l’Etat.
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Chers amis,

La contribution de la France à la sécurité du Liban, dans le cadre de la coopération bilatérale comme au sein des Nations unies, représente un effort considérable pour nos armées, déjà lourdement mobilisées en métropole, où la menace terroriste reste importante, et dans d’autres théâtres extérieurs, au Levant mais aussi au Sahel, où la récente attaque contre nos intérêts à Ouagadougou a montré la résilience de nos ennemis.

Un effort important, disais-je, comme en attestent les chiffres.
Ainsi, au Sud-Liban, ce sont plus de 1 800 soldats français se succèdent tous les ans sous la bannière des Nations Unies. Qu’ils en soient remerciés et applaudis.

Mais notre engagement militaire, c’est aussi un effort financier, directement supporté par le contribuable français. Après avoir pris mes fonctions, j’ai demandé que cet effort soit évalué. Ainsi, si l’on considère le coût de notre coopération bilatérale et celle de notre participation à la FINUL, sans prendre en compte le coût des escales et de notre présence permanente en Méditerranée orientale, la France aura consacré fin 2018 au Liban, après remboursement par les Nations Unies, 400 millions d’euros sur cinq ans, soit environ un demi-milliard de dollars américains, dans le seul domaine militaire.

Si je cite ce chiffre, ce n’est pas par vanité mais pour contrecarrer une idée, trop répandue, selon laquelle la France ne ferait pas, ou plus, assez pour le Liban. Il est faux de le penser, comme il est faux de prétendre que la France serait, selon une expression à la mode, « de retour » au Liban depuis quelques mois.

Il est vrai que mon pays a joué un rôle important depuis l’élection du Président Macron, avec, notamment, les visites à Paris de Saad Hariri et de Michel Aoun, une contribution active à la résolution de la crise du mois de novembre et la tenue d’une réunion du groupe international de soutien pour le Liban, qui a défini la feuille de route de la communauté internationale dans les mois à venir.
Mais il me semble que cet activisme ne relève pas de l’exception mais, bien au contraire, de la confirmation. La confirmation de ce que la France s’est toujours fidèlement tenue aux cotés des Libanais, dans les heures les plus sombres comme dans les moments les plus heureux, jusqu’à payer le prix du sang.

Nous payons ce prix pour la sécurité du Liban et nous nous réjouissons que l’armée et les services de sécurité libanais aient éliminé la présence de Daech au Liban. Mais nous payons aussi ce prix pour notre propre sécurité, car nous savons que les professionnels libanais de la sécurité, efficaces et dévoués, défendent aussi la sécurité de l’Eurpe quand ils défendent leur pays. Nous leur en sommes très reconnaissants.

C’est pourquoi, comme l’avait annoncé le Président Macron dès la visite à Paris de Saad Hariri, à la fin du mois d’août 2017, nous avons plaidé pour la tenue de la conférence de Rome II, qui se tiendra dans quelques jours et qui sera l’occasion de mobiliser la communauté internationale en faveur des forces armées libanaises et des forces de sécurité intérieure.
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Chers amis,

Un mot, enfin, de la francophonie. De cette francophonie comme espace culturel mais aussi comme communauté de valeurs. C’est dans ces valeurs que s’inscrit notre coopération quotidienne, c’est là qu’elle trouve son sens le plus profond, dans une vision partagée du monde qui promeut la démocratie, les droits de l’homme, la diversité et le dialogue des cultures.

C’est sur la « Jeanne d’Arc » que se forment les élèves-officiers libanais qui ont suivi les cours de l’Ecole navale, comme avant eux certains des amiraux les plus éminents de la marine libanaise, et qu’ils consolident, dans leur dialogue avec leurs camarades français, leur attachement à ces valeurs.
J’en suis sûr, les Marines américains et les pilotes britanniques qui se trouvent à bord se sont, eux aussi, très naturellement retrouvés dans ce cadre.

Mes collègues africains, enfin, que je remercie chaleureusement de leur présence, peuvent quant à eux en témoigner : la francophonie, espace culturel, communauté de valeurs, est un acteur de plus en plus important du maintien de la paix. La présence sur la « Jeanne d’Arc » de leurs compatriotes est la plus belle illustration de la mobilisation francophone en faveur de la paix dans le monde.
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Chers amis,

A l’approche de la conférence de Rome II, notre rassemblement ce soir est un symbole vibrant de notre engagement en faveur d’un Etat libanais uni et fort.
Je vous remercie vivement de votre présence et vous souhaite une excellence soirée.
Vive la France ! Vive le Liban ! Vive l’amitié franco-libanaise !/.

Dernière modification : 07/03/2018

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