Messe annuelle du lundi de Pâques aux intentions de la France (2 avril 2018)

Comme le veut la tradition, l’Ambassadeur et une délégation de l’Ambassade ont assisté à la messe annuelle du lundi de Pâques aux intentions de la France, célébrée à Bkerké par le Cardinal Béchara Boutros Raï, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient de l’Église maronite.

La messe a été suivie d’un déjeuner au siège du patriarcat, au cours duquel l’Ambassadeur a prononcé le discours ci-dessous :

Béatitude,
Messeigneurs,
Excellences,
Révérends Pères,
Chers amis,

C’est pour moi un grand honneur d’être, pour la première fois, votre invité à Bkerké à l’occasion de la messe de Pâques. Je voudrais vous remercier, au nom de la délégation que je conduis, de votre très chaleureux accueil et vous dire ma joie de perpétuer à vos côtés cette tradition ancienne, ces prières que vous avez eu l’amitié d’élever aux intentions de la France. Comme vous, nous y sommes attachés : elles témoignent de l’étroitesse des liens qui unissent la France, la communauté maronite et le Liban.

En ce lundi de Pâques célébré dans le monde entier par des millions de chrétiens, je suis heureux d’être aux côtés des Libanais, pour qui les valeurs fêtées aujourd’hui ont une signification toute particulière. L’espérance, d’abord, et la possibilité du renouveau, de la renaissance, dans un pays où les meurtrissures des guerres successives ne s’effacent que lentement ; le pardon et la fraternité, ensuite, entre les hommes et entre les communautés, pour rendre possibles ces lendemains nouveaux.

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Béatitude,

En ce jour, mes pensées vont également à l’ensemble des populations chrétiennes du Moyen-Orient, et plus largement à tous ses peuples et ses communautés, qui font face, aujourd’hui et depuis de trop longues années, à des drames terribles et répétés : persécution des minorités, intégrismes religieux, guerres fratricides ou régionales, déplacements de populations et violence indiscriminée.

Je sais votre inquiétude et je la partage. Nous la partageons, nous que la violence vient une nouvelle fois d’atteindre sur notre territoire et dans notre chair. J’aimerais, d’ailleurs, rendre hommage au Lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame, qui a offert sa vie pour sauver une autre vie, dans l’attentat terroriste qui a endeuillé la France le 23 mars dernier. Son sacrifice n’est pas seulement celui d’un militaire accomplissant courageusement son devoir, il est le geste d’altruisme ultime et absolu d’un homme pour son prochain. À ce titre, il nous honore, et nous oblige.

Aujourd’hui, la France est engagée sur tous les fronts pour contribuer à la possibilité d’un avenir pacifié dans la région : elle a combattu Daech en Irak et en Syrie, où elle travaille aujourd’hui à l’élaboration de solutions politiques crédibles et viables. Elle continue également d’appeler à la reprise du processus de paix et à la création d’un État de Palestine, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël. Elle œuvre enfin pour que tous puissent coexister, afin de préserver le pluralisme, la diversité des croyances et des idées, la vie commune et partagée qui est la richesse des pays de la région – et du Liban en particulier.

Je voudrais profiter de cette occasion pour saluer, à nouveau, la générosité du Liban et de son peuple, qui accueillent aujourd’hui près d’un million et demi de réfugiés que la guerre a chassés de leur foyer. La France a conscience du défi considérable que cela représente, tant pour le fragile équilibre politique que pour les structures économiques et sociales du Liban, qui peinent à prendre en charge les populations les plus vulnérables et doivent répondre à l’urgence humanitaire provoquée par la guerre en Syrie. Que chacun de vous soit assuré de notre solidarité : nous savons ce que la communauté internationale doit au Liban à cet égard, et c’est la raison de notre participation active à la préparation de la Conférence internationale de Bruxelles qui se tiendra à la fin du mois d’avril.

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Béatitude,

Malgré les crises auxquelles le Liban fait face, la dynamique politique dans laquelle s’est engagé le pays offre de nombreuses raisons d’espérer. Nous saluons particulièrement l’organisation des élections législatives qui se tiendront le 6 mai prochain sur tout le territoire. Elles représentent un jalon supplémentaire dans le processus positif de normalisation qui s’est ouvert avec l’élection du Président Michel Aoun, grâce à un accord large des forces politiques du pays, et qui s’est poursuivi avec la désignation d’un Premier ministre, la formation d’un gouvernement et l’adoption d’une nouvelle loi électorale. Cette consolidation du processus démocratique permet aujourd’hui d’envisager la remise en marche des institutions du pays et la conduite des réformes institutionnelles et économiques que les Libanais appellent de leurs vœux. D’ores et déjà, ces élections s’accompagnent de signes encourageants : l’augmentation notable du nombre de candidates en fait partie, comme la volonté d’offrir aux membres de la diaspora la possibilité de voter dans leur pays de résidence.

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Béatitude,

La France est confiante dans la résilience du Liban. Elle est déterminée à appuyer ses efforts pour sortir grandi et renforcé des défis actuels. Vous connaissez notre amitié et notre sollicitude à l’égard de votre pays et je peux vous assurer que la France ne ménage pas ses forces lorsqu’il s’agit de venir en aide à ses amis.

Dans les instances internationales, nous continuerons à nous tenir aux côtés du Liban, comme nous l’avons fait en fondant le Groupe international de soutien, garant du consensus international en faveur de la stabilité du Liban ; comme nous le faisons comme membre permanent du Conseil de sécurité, pour défendre la souveraineté, l’indépendance et la sécurité du Liban ; comme nous le faisons dans le Sud-Liban à travers notre engagement au sein de la FINUL, qui demeure notre plus importante participation à une opération de maintien de la paix dans le monde.

Sur le plan sécuritaire, nous nous réjouissons également de notre coopération étroite avec l’armée libanaise et les services de sécurité du pays, dont les capacités se renforcent et qui sont chaque jour mieux préparés à assumer leurs missions sur l’ensemble du territoire. À la Conférence de Rome, le 15 mars dernier, la France s’est ainsi engagée à ouvrir une ligne de crédit de 400 millions d’euros pour participer à l’équipement et à la formation des forces libanaises.

Comme vous, nous sommes également particulièrement sensibles aux efforts entrepris par les autorités libanaises pour poursuivre l’impérieux travail de modernisation de l’État et de l’économie libanaise. Les évêques de votre Église ont appelé, lors du synode de l’été dernier, à une réforme ambitieuse de l’administration et de l’appareil d’État, délivrés de la corruption et des collusions, engagés efficacement au service de l’ensemble des Libanais ; et nous nous joignons à cet appel. Nous sommes en effet convaincus que c’est là une condition nécessaire pour que le Liban se dote d’un État fort et stable et pour que son économie retrouve le chemin de la prospérité. Le 6 avril prochain se tiendra ainsi à Paris la conférence CEDRE, à l’invitation le président de la République Emmanuel Macron. Elle a pour ambition d’accompagner l’État libanais dans la mise en œuvre de réformes structurelles décisives, afin d’encourager les financements publics et privés, grâce à un mécanisme de suivi dans lequel nous plaçons beaucoup d’espoirs.

Enfin, nous serons heureux d’approfondir encore la coopération franco-libanaise en matière culturelle et linguistique, à l’heure où la France s’engage dans une stratégie ambitieuse de promotion de la francophonie dans le monde entier. Au Liban, votre Église et votre communauté en sont d’ardents défenseurs : les milliers d’élèves qu’accueillent vos écoles et vos universités y apprennent le français et apprennent en français. Nous sommes déterminés à poursuivre avec vous ce travail commun.

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Béatitude,

Je voudrais, pour terminer, vous exprimer à nouveau mes remerciements, pour votre invitation et pour la bienveillance dont vous faites preuve à l’égard de mon pays. L’amitié qui nous réunit aujourd’hui témoigne de la solidité de nos liens historiques et de notre volonté commune de continuer à avancer ensemble, avec la communauté maronite et avec le Liban tout entier. Je lève mon verre à l’avenir de ce pays et forme le vœu qu’il soit fait d’unité, de prospérité et de stabilité.

Vive la France !
Vive le Liban !
Vive l’amitié franco-libanaise !

Dernière modification : 05/04/2018

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