Messe traditionnelle du 15 août aux intentions de la France

La Chargée d’affaires a.i., Mme Salina Grenet-Catalano, et une délégation de l’Ambassade de France ont assisté à la messe traditionnelle du 15 août aux intentions de la France, célébrée par le nouvel archevêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Abdel-Sater, à Aïn Saadé.

A l’issue de la messe, Mme Grenet-Catalano a prononcé l’allocution suivante :

Monseigneur, Messeigneurs,
Messieurs les Députés,
Révérends Pères, Révérendes Mères,
Mesdames, Messieurs, Chers amis,

C’est pour moi un grand honneur et un grand plaisir de conduire aujourd’hui la délégation de l’Ambassade de France venue assister à la messe de l’Assomption, ici, à Ain Saadé.

La célébration, chaque année, par l’archevêque de Beyrouth d’une messe aux intentions de la France, à l’occasion du 15 août, est une tradition très ancienne que je suis heureuse de pouvoir honorer aujourd’hui. Elle illustre la profondeur et l’intimité des liens existant entre l’Eglise maronite et la France. Cette célébration revêt aussi pour moi une importance toute particulière puisqu’il s’agit de la première à laquelle il m’est donné de participer en tant que chargée d’affaires depuis mon arrivée au Liban en septembre dernier. J’en mesure désormais toute la portée symbolique.

L’Ambassadeur aurait souhaité être parmi nous pour ce moment important. Comme vous le savez sans doute, il est de tradition que les Ambassadeurs de France prennent leurs congés en août avant de participer à la conférence annuelle des Ambassadeurs à Paris. C’est la raison pour laquelle ils confient souvent à leurs adjoints la mission de les représenter à Ain Saadé. L’Ambassadeur Bruno Foucher m’a ainsi demandé de vous transmettre ses plus chaleureuses salutations.

Je suis d’autant plus honorée d’être parmi vous aujourd’hui qu’il s’agit, pour vous également, Monseigneur, d’une première puisque vous avez pris récemment vos fonctions d’archevêque de Beyrouth. Permettez-moi ici de saluer votre prédécesseur, monseigneur Boulos Matar, avec lequel l’ambassade de France avait noué des relations très étroites. Je suis certaine que nous allons poursuivre avec vous ce dialogue amical essentiel.

L’excellence de notre relation est aussi le fait d’hommes exceptionnels. Je ne peux ainsi que rendre hommage au patriarche Nasrallah Sfeir, qui nous a quittés cette année. Homme de paix et de dialogue, symbole de la souveraineté libanaise, il était aussi un très grand ami de la France. Sa disparition a été, pour le Liban mais aussi pour nous, une immense perte. Le fait que notre ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, ait souhaité personnellement faire le déplacement à Bkerké pour lui rendre hommage est un témoignage supplémentaire de la force des liens existant entre la France et l’Eglise maronite.

Monseigneur,
Je voudrais revenir à présent sur certains des messages que l’Ambassadeur a souhaité transmettre lors de son allocution du 14 juillet dernier.

Le premier de ces messages consiste à réaffirmer le soutien indéfectible de la France au Liban, notre appui résolu à la stabilité et à l’indépendance du pays, ainsi qu’au renforcement des institutions libanaises.

Au premier chef, des forces de sécurité libanaises. Le Liban a atteint, malgré un environnement régional difficile et le lâche attentat qui a frappé Tripoli en juin, un niveau de sécurité remarquable. Cette stabilité est largement due à la mobilisation permanente des forces armées et de police libanaises. La FINUL, à laquelle la France participe activement vous le savez (je salue la présence parmi nous de ses représentants), joue également un rôle essentiel, en appui aux forces armées libanaises, pour maintenir la stabilité au Sud du pays. Nous avons pour ambition d’aider le Liban à développer encore ses capacités de défense, notamment dans leur volet maritime.

Une ligne de crédit de 400 millions d’euros a ainsi été ouverte lors de la conférence de Rome II l’année dernière à destination de l’armée et des Forces de sécurité intérieure. Nous formons le vœu de pouvoir concrétiser cet engagement dans les meilleurs délais, en partenariat avec les autorités libanaises concernées.

Ensuite, je voudrais évoquer un autre projet, au cœur des échanges actuels entre la France et le Liban. L’on parle beaucoup de CEDRE, parfois de façon erronée. De quoi s’agit-il ? La conférence de Paris d’avril 2018, qui s’est tenue à l’initiative du Président de la République française, visait à mobiliser la communauté internationale, les amis du Liban, pour accompagner et faciliter la mise en œuvre d’un vaste programme de réformes et de projets voulu et conçu par le gouvernement libanais lui-même. Il s’agissait de relancer l’économie de manière à créer de la croissance et des emplois. Il s’agissait de s’attaquer aux maux structurels, anciens et profonds dont souffre l’économie libanaise. Il s’agissait aussi pour nous – je le mentionne ici compte-tenu du rôle éminent que joue l’église maronite en matière d’éducation - de redonner à tous ces jeunes Libanais si bien formés, si créatifs, entreprenants et polyglottes, l’espoir et l’envie de s’engager au service de leur pays et, peut-être, de renoncer à la tentation de l’émigration. CEDRE, c’est donc un partenariat, un partenariat bienveillant et exigeant tout à la fois, un partenariat de confiance.

Plusieurs avancées notables ont été enregistrées depuis la formation du gouvernement en janvier 2019, dont de premières réformes essentielles dans le secteur de l’énergie et l’adoption du budget 2019 le mois dernier. Nous formons aujourd’hui le vœu que le gouvernement libanais puisse aller beaucoup plus loin, et sans attendre, dans la mise en œuvre des réformes annoncées dans sa déclaration ministérielle.

Je ne vous cache pas que nous étions très inquiets, ces derniers temps, de la paralysie qui frappait les institutions dans le prolongement de la crise liée aux incidents de la Montagne du 30 juin dernier. Le contexte régional délicat mais aussi les grandes difficultés économiques que traverse le pays rendaient plus que nécessaire un déblocage de la situation. Nous ne pouvons donc que nous réjouir des récents développements, qui ont permis de rapprocher les points de vue et de reprendre le travail gouvernemental, notamment pour poursuivre – nous l’espérons - dans la voie des réformes. La France est aux côtés du Liban dans cette entreprise comme elle l’a toujours été par le passé, dans les moments difficiles comme dans les moments d’accalmie.

Monseigneur,
Le ciment de notre relation bilatérale est, depuis des siècles, notre langue commune, le français. Dans son apprentissage et sa diffusion, l’Eglise maronite joue un rôle crucial, un rôle central, auquel nous ne rendrons jamais suffisamment hommage. Malgré les difficultés, vous restez fidèles à notre langue et aux valeurs qu’elle porte et nous vous en remercions.

Notre coopération éducative est tout aussi exceptionnelle. Aujourd’hui, plus de 60 000 élèves sont scolarisés au Liban dans le système scolaire français, dont un grand nombre dans des établissements privés catholiques. C’est un chiffre remarquable à l’échelle mondiale, qui s’explique par l’excellence de notre, de votre, offre éducative mais aussi par l’enracinement de la langue française dans le pays. Notre ambition est de doubler ce chiffre d’ici à 2030. C’est l’une des priorités du Président Macron. Nous sommes d’ailleurs ravis de vous confirmer que plusieurs écoles libanaises vont rejoindre prochainement la grande famille des établissements dits homologués.

Il nous faut aussi travailler ensemble, avec le ministère de l’Education, au renforcement de la filière francophone dans l’enseignement secondaire comme supérieur.

40% des jeunes libanais étudiant à l’étranger ont fait le choix de la France et nous nous en réjouissons. Malgré la hausse modérée des frais de scolarité, le mouvement s’amplifie. Des facilités d’octroi de titres de séjour sont désormais accordées aux titulaires de masters français. Tout cela vise à faciliter les liens mais aussi les allers et retours de cette jeunesse si talentueuse dont je parlais tout à l’heure. Ces jeunes sont le cœur et l’avenir de la relation unique existant entre nos deux pays.

Je voudrais, ici, évoquer un dossier qui tenait à cœur à votre prédécesseur et qui est aussi suivi de près par Sa Béatitude le patriarche Raï. Comme vous le savez, depuis plus d’un siècle, la France dispose d’un programme de bourses à destination du clergé maronite. Plusieurs d’entre vous en ont d’ailleurs été bénéficiaires. Au fil des années, le nombre de ces bourses s’était réduit, ce qui était regrettable. Le Président de la République a promis au Patriarche de renforcer ce programme. C’est aujourd’hui chose faite. Nous sommes prêts à signer avec vous, dès la rentrée, une convention en ce sens, qui prévoit l’octroi de deux nouvelles bourses par an sur une période de 5 ans.

Monseigneur,
Le Liban, comme l’a dit le pape Jean-Paul II, incarne un message qui va bien au-delà de ses frontières géographiques. Il représente l’ouverture, la tolérance, le vivre-ensemble, la « culture du lien » comme l’écrivait le regretté Samir Frangié. A l’heure où menace partout la tentation du repli sur soi, le Liban doit préserver sa différence. Or l’on a vu se développer, ces derniers temps, des discours de haine et de rejet, notamment à l’encontre des réfugiés syriens se trouvant au Liban. Les craintes exprimées par beaucoup de Libanais sont légitimes étant donné le nombre très important de réfugiés accueillis ici avec une grande générosité. Mais attiser les dissensions et les clivages ne résoudra pas le problème. Nous sommes convaincus que la clef en la matière se trouve à Damas. La plupart des réfugiés veulent rentrer chez eux. Il ne faut pas les en dissuader. Pour l’heure, ils estiment toutefois n’avoir pas obtenu les assurances, notamment de sécurité mais pas seulement, nécessaires. C’est sur cela qu’il faut travailler. Pour notre part, avec la communauté internationale, nous demeurerons aux côtés du Liban pour l’aider à faire face, autant que nécessaire, à cette situation qui, comme l’a dit l’Ambassadeur le 14 juillet, ne doit pas s’éterniser.

La spécificité du Liban est, également, d’avoir toujours offert à ceux qui y vivent un espace où s’exprimer librement. Pour l’illustrer, je voudrais citer l’un des pères du Liban moderne, Charles Malek, qui disait : « la justification ultime du Liban vis-à-vis de lui-même et du monde est son engagement honnête pour les libertés économiques, intellectuelles, spirituelles et existentielles. Si le Liban ne sanctifie pas la liberté de l’esprit au sens plein du terme et s’il ne respecte pas la recherche de la vérité dans ses lois, son gouvernement et son armée, il finira par perdre sa raison d’être ». Dans un contexte de montée des extrêmes et des populismes, ce pays fait office d’oasis de paix et de sérénité, oasis qu’il convient de préserver coûte que coûte.

Monseigneur,
Pour conclure, je vous remercie vivement pour vos mots bienveillants à l’égard de la France et pour votre hospitalité dans cette belle résidence de Ain Saadé.
Je remercie également toutes les personnalités venues partager avec nous ce moment convivial et amical. Et merci à tous pour votre attention.

Dernière modification : 16/08/2019

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