Participation à la conférence : "Investissement libanais dans les infrastructures"

Retrouvez le discours prononcé par l’Ambassadeur Pierre Duquesne, délégué interministériel à la Méditerranée chargé de la préparation de la conférence CEDRE, durant la cérémonie d’ouverture de la conférence.

Beyrouth, le 6 mars 2018.

Monsieur le Président du Conseil,
Messieurs les Ministres,
Monsieur le Gouverneur,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs les Présidents,
Chers amis,
Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement heureux d’avoir été invité à cet événement qui va, d’une part, démontrer et confirmer toutes les potentialités économiques du Liban pour l’investissement privé dans les infrastructures et constitue, d’autre part, un événement préparatoire central de la conférence CEDRE qu’organise mon pays, en étroite collaboration avec les autorités libanaises. Il sera d’ailleurs très utile que des représentants d’entreprises libanaises et internationales, aujourd’hui représentées, puissent venir s’exprimer à Paris.

J’ai bien dit « conférence CEDRE » et pas « conférence du CEDRE », ni plus encore « conférence Paris 4 ». La succession des conférences Paris 1, en 2001, Paris 2, en 2002, et Paris 3, en 2007, à l’élaboration desquelles j’ai eu le plaisir d’être associé, dit bien l’intérêt marqué de mon pays, mais également celui de la communauté internationale, pour le soutien au Liban. Mais cette fois-ci, lorsque le Président du Conseil libanais, en août dernier, a évoqué un tel projet avec le Président Macron, il avait clairement en tête un autre concept, plus structurant. Le Président Macron, soucieux d’aider un pays ami, en a immédiatement accepté le principe, en a bien sûr parlé à son homologue Michel Aoun, et m’a confié la tâche de conseiller les autorités libanaises pour la préparation de cet exercice. CEDRE veut dire « Conférence économique pour le développement, par les réformes et avec les entreprises ». C’est un acronyme que je m’honore d’avoir inventé et dont je suis heureux qu’il ait été adopté par les autorités libanaises. Laissez-moi élaborer un petit peu sur ces cinq thèmes.
CONFERENCE

La conférence CEDRE aura donc lieu le 6 avril, dans un mois tout juste. C’est une réunion de niveau au moins ministériel à laquelle participera, pour une part, le Président de la République et qui sera co-présidé, côté français, par notre Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, et notre Ministre de l’Economie et des Finances, Bruno le Maire. Une cinquantaine de pays et d’organisations internationales y sont invitées.

La conférence examinera, tout à la fois, le programme libanais d’investissement, mais également la vision économique des autorités et le programme de réformes qu’elles envisagent pour rendre possibles et utiles ces investissements. Elle s’inscrit dans une séquence politique de bon augure qui a vu l’élection du Président de la République, Michel Aoun, puis la constitution d’un gouvernement d’unité nationale et verra, dans deux mois, les élections législatives. Organiser « la » CEDRE, si vous me permettez de m’exprimer ainsi, avant les élections permet, en toute transparence, de présenter les données d’un nouveau « contrat social » d’aide et un nouveau contrat d’investissement entre la communauté internationale et le Liban, ses dirigeants et son peuple.

ECONOMIQUE

La Conférence de Paris est la seconde d’une série de trois conférences convenues lors de la tenue du groupe international de soutien autour des Nations Unies, le 8 décembre dernier. La première aura lieu à Rome, le 15 mars prochain, qui vise à soutenir les Forces armées libanaises et les Forces de sécurité intérieure. Une conférence d’aide aux pays, dont le Liban, qui accueillent des réfugiés syriens se tiendra à Bruxelles fin avril. Les trois conférences ont le même objectif final : aider l’Etat libanais à faire vivre ses institutions dans un contexte régional difficile et, ainsi, reconnaître le rôle stabilisateur que joue le pays, pour peu qu’il ne soit pas partie prenante ou impliqué dans les conflits régionaux.

Mais CEDRE a un contenu économique marqué : il s’agit de relancer une économie dont chacun connaît les potentialités, comme les problèmes structurels, dans une conjoncture aggravée par l’instabilité régionale et l’afflux de réfugiés syriens. Le concept psychologique de résilience a été inventé pour les personnes, puis adapté aux Etats et aux peuples. C’est en voyant la capacité d’accueil du peuple libanais, dans des conditions que nous savons difficiles, que ce concept a pris, aux yeux de l’opinion publique mondiale, tout son sens.

Réunion économique, enfin, signifie que l’on va parler micro-économie, c’est-à-dire projets d’investissement, conditions d’activité des entreprises, régulation des secteurs économiques, mais également macro-économie, c’est-à-dire bonne gestion des finances publiques, équilibre des comptes internes et externes, bonne gouvernance.

POUR LE DEVELOPPEMENT

L’exercice n’est pas une répétition des trois conférences de Paris, parce qu’il ne s’agit pas de gestion de crise mais d’une réflexion sur le développement à moyen terme d’un pays à revenu intermédiaire, qui souffre cruellement d’un manque d’infrastructures physiques et sociales de base.

Le « Capital Investment Program » que présente le gouvernement libanais couvre une douzaine d’années. La Conférence aura, par hypothèse, un objectif plus court, quatre ou cinq ans, mais il s’agit bien d’un travail à moyen terme qui sera accompagné de la vision économique, à l’horizon 2030, que prépare, à la demande des autorités libanaises, le consultant McKinsey, et également, d’une réflexion macro-économique menée par le Fonds monétaire international. Ces deux documents nous seront utiles.

La Banque mondiale a aidé à hiérarchiser les projets du gouvernement, en mesurant précisément leur nécessité, leur état de préparation, leurs modalités de financement entre les secteurs publics et privés. Tout le monde lui en est reconnaissant.

PAR LES REFORMES

Chacun sait bien, et le Président du Conseil le premier (qui l’a indiqué à plusieurs reprises), que l’économie libanaise a besoin de réformes, ce qui ne veut pas dire nécessairement de décisions politiquement ou socialement douloureuses, mais bien souvent de réformes sectorielles, d’adaptation des cadres de régulation, ou même simplement de mise en œuvre de lois déjà votées, de façon à ce que puissent se réaliser les indispensables investissements que propose, à juste titre, le gouvernement.

Deux moments de réforme sont à distinguer. Certaines réformes peuvent être mises en œuvre avant même la conférence de Paris. Je dirais même que ce sont presque plus des signaux de bonne volonté. Je pense, par exemple, à cinq éléments :
-  l’adoption d’un budget 2018 qui ouvre la voie, demain, à un véritable assainissement budgétaire ;
-  l’approbation parlementaire de projets pour lesquels l’aide internationale est déjà disponible ;
-  celle du Code de l’eau ;
-  l’approbation gouvernementale de décrets techniques nécessaires au Haut Conseil pour la Privatisation désormais en charge aussi des partenariats publics-privés pour exercer ses nouvelles missions en matière de PPP ;
-  des nominations dans des autorités de régulation (télécommunications, énergie, aviation civile) qui ne peuvent pas fonctionner faute d’avoir tous les membres requis.

Des mesures plus lourdes ne pourront, naturellement, se mettre en place qu’après la conférence et, surtout, après les élections parce qu’elles impliquent un travail et un investissement politique dans la durée. Elles sont bien connues, qu’il s’agisse de l’augmentation des recettes fiscales, de la réduction du déficit budgétaire, de la réforme de certaines subventions qui profitent à tous, au lieu d’être ciblées en faveur des plus démunis, de la lutte contre la corruption ou, naturellement, de la réforme d’Électricité du Liban, qui est à la fois un sujet d’infrastructure, de gouvernance et de finances publiques. Toutes ces réformes sont dans l’intérêt du Liban, du peuple libanais qui, légitimement, souhaite avoir de l’eau potable, de l’électricité en continu, une collecte et un traitement régulier des ordures ménagères.

AVEC LES ENTREPRISES

Les réformes doivent être aussi conçues comme des mesures de confort et de protection pour les investisseurs du secteur privé, qu’il s’agisse d’entreprises industrielles et commerciales ou d’institutions financières. Le secteur privé a un rôle considérable à jouer au Liban, pays qui est bien connu pour son emplacement géostratégique, pour son dynamisme entrepreneurial, la qualité de son secteur financier, sa main d’œuvre qualifiée et sa capacité à se projeter économiquement dans le reste du monde. Les projets de multiples tailles qui sont présentés dans le plan d’investissement libanais sont de nature à intéresser des entreprises, petites ou grandes, et de tous les pays. La mise en œuvre effective de la loi sur les PPP, qui impose des procédures transparentes, ouvrira la voie à une participation accrue du secteur privé. Je suis convaincu, par ailleurs, qu’un très grand nombre de ces projets sont intrinsèquement rentables. D’autres le seront avec un soutien public mesuré, dont nous discuterons les modalités à Paris, dans un mois.

SUIVI

J’aurais pu rajouter un « s » à CEDRE, pour vous dire un mot du suivi de la Conférence. J’ai presque envie de parler du suivi du « processus CEDRE ». CEDRE ne s’arrêtera pas le 6 avril au soir, mais se poursuivra par des réunions de coordination des acteurs, ici à Beyrouth, par des rencontres fréquentes de hauts fonctionnaires, des capitales et des sièges, et même par un suivi individuel de chaque projet sur internet par un site dédié. Il s’agit de s’assurer de la mise en œuvre des décisions que nous aurons prises tous ensemble à Paris. Ce suivi multilatéral est peut-être, au bout du compte, la principale différence avec Paris 1, 2 et 3.

Monsieur le Président du Conseil,
Mesdames et Messieurs,

J’espère vous avoir convaincus, que la France attache une importance toute particulière à la stabilité et à la prospérité du Liban, pour des raisons historiques, géographiques, culturelles et, si j’ose dire, tout simplement amicales. C’est ce message que j’ai porté dans mes précédentes missions ici et je me félicite de la qualité du travail effectué avec le Président du Conseil, ses équipes, celles du Président de la République et avec tous les ministres, représentatifs de toutes les sensibilités, que j’ai eu l’honneur de rencontrer.

C’est le message que mes autorités m’ont demandé de porter ce jour publiquement devant vous. Mais c’est aussi celui que j’ai porté, si je puis dire au nom du Liban, dans de multiples pays et auprès de toutes les organisations internationales intéressées, depuis le début de l’année. Leur écoute attentive, à la fois empathique et amicalement exigeante, m’a frappé. La même énergie et la même conviction m’animent aujourd’hui parce que je crois que ce message est juste et entendu. Je suis content d’avoir pu le répéter ici, devant les représentants des entreprises. La démarche que nous entreprenons ensemble est ambitieuse et à bien des égards difficile. Mais elle est indispensable. Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 08/03/2018

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