Réception annuelle du 14 juillet à la Résidence des Pins

A l’occasion de la fête nationale française, la Résidence des Pins s’est parée de bleu-blanc-rouge pour la réception annuelle du 14 juillet.
Retrouvez l’allocution de M. Bruno Foucher, Ambassadeur de France au Liban, prononcée à cette occasion.

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Excellence, Monsieur Salim Jreissati, représentant le président de la République,
Monsieur Mahmoud Berri, représentant le président de la Chambre des députés,
Excellence, Monsieur Ghattas Khoury, représentant le président du Conseil des ministres,
Excellence, Monsieur Ghadi Khoury, représentant le ministre des Affaires étrangères et des Emigrés,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les députés,
Messieurs les représentants des communautés religieuses,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs les élus de la communauté française, et je voudrais faire une mention spéciale pour nos élus de la représentation nationale, le sénateur Ronan le Gleut et la députée Amélia Lakrafi qui nous font l’honneur et le plaisir de leur présence parmi nous ce soir,
Mesdames et Messieurs, chers compatriotes et chers amis libanais,

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Je suis particulièrement heureux de vous accueillir ce soir à la Résidence des Pins.

Heureux, je le suis comme tout Ambassadeur de France qui célèbre, en cette date sans doute plus symbolique que toute autre dans le calendrier républicain, la force des valeurs de notre devise nationale et la vigueur de la relation qui unit la France à un ami aussi cher que le Liban.

Mais heureux, je le suis aussi parce que l’année qui vient de s’écouler m’apparaît avoir été, à bien des égards, un millésime exceptionnel pour le Liban comme pour la relation franco-libanaise.

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Mesdames et Messieurs,

En effet, le Liban, pourtant exposé à un contexte régional très instable, est parvenu au cours des derniers mois à consolider sa stabilité d’une manière qui ne peut que forcer l’admiration.

Sur le plan sécuritaire, d’abord, l’offensive conduite l’été dernier à la frontière à Ersal puis le travail continu, sur l’ensemble du territoire, de l’armée et des services de sécurité ont permis de libérer le Liban de toute présence de l’Etat islamique et d’atteindre un niveau de sécurité que les Libanais n’avaient pas connu depuis trop longtemps.

Sur le plan politique, ensuite, la remise en route des institutions engagée avec la fin de la vacance présidentielle s’est poursuivie au bénéfice de la démocratie libanaise, qui a fait la preuve, surtout à l’aune régionale, de sa grande vitalité.

Je veux parler, bien sûr, de l’organisation puis de la tenue des élections législatives, les premières depuis 2009. La France a salué le rôle du ministère de l’Intérieur et des forces de sécurité dans le bon déroulement du scrutin. Elle a également présenté ses félicitations à Nabih Berri pour son élection et à Saad Hariri pour sa désignation.

Désormais, elle forme l’espoir que les consultations en cours permettront de former rapidement un gouvernement en mesure d’agir efficacement, pour assurer, en lien avec les partenaires du Liban, le suivi des engagements pris à l’occasion des récentes conférences internationales mais aussi pour mettre en œuvre les réformes attendues par les Libanais. Nous saluons, en effet, l’intention exprimée par les autorités libanaises de reprendre le dialogue sur une stratégie de défense nationale, qui doit s’inscrire dans le cadre de la légalité internationale.

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Mesdames et Messieurs,

Puisque j’évoque les conférences et l’action des partenaires du Liban, je voudrais également me réjouir de la part prise par la France, au cours de l’année qui vient de s’écouler, à l’amélioration de la situation du pays.
Là encore, la politique et la sécurité ont structuré notre action.

Dans le domaine politique, l’année 2017-2018 a confirmé l’attention exceptionnelle dont le Liban bénéficie de la part de la diplomatie française. La séquence est impressionnante, avec, en août, la visite du président du Conseil, en septembre, la visite d’Etat du président de la République, en novembre, la mobilisation de nos plus hautes autorités pour faciliter une sortie de crise et, en décembre, l’organisation d’une réunion des ministres du Groupe international de soutien pour le Liban et l’adoption d’un communiqué qui, en particulier, confirme l’attachement international à la stabilité du Liban et rappelle les paramètres du maintien de cette stabilité, en insistant sur l’importance de la politique de dissociation.

Dans le domaine de la sécurité aussi, le bilan de l’année est très flatteur. En accueillant la conférence de Rome II, le gouvernement italien a rassemblé tous les partenaires qui œuvrent au renforcement des capacités libanaises dans le domaine de la sécurité. La France a pris sa part à cet effort, en annonçant l’ouverture d’un financement de 400 millions d’euros, destinée à permettre l’acquisition à des conditions très favorables d’équipements militaires français. Nous travaillons d’arrache-pied avec nos interlocuteurs libanais pour que ce projet aboutisse dans les meilleurs délais, au bénéfice de la souveraineté et de l’indépendance du Liban.

L’effort consenti à Rome par mon pays est d’autant plus remarquable qu’il s’ajoute à un partenariat sécuritaire ancien.

Partenariat bilatéral, à travers des coopérations opérationnelles avec l’armée et les services de sécurité et à travers des dons d’équipements, pour près de 50 millions d’euros au cours des récentes années.

Partenariat multilatéral, à travers une présence au sein de la FINUL, qui est ancienne, puisqu’elle remonte à la création de la force en 1978, et qui est substantielle, puisqu’il s’agit de la participation française la plus importante à une opération de maintien de la paix, pour un coût net de 60 millions d’euros par an.

L’ensemble de la contribution française à la sécurité du Liban, avant Rome II, était estimée à un demi-milliard de dollars sur cinq ans, le triple depuis l’an 2000.

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Mesdames et Messieurs,

Le tableau que je dresse de la mobilisation de la communauté internationale et de la France serait incomplet si je ne mentionnais pas, après Paris et Rome, à nouveau Paris et enfin Bruxelles.

Paris, en effet, où, au début du mois d’avril, les partenaires du Liban se sont réunis pour relancer son économie. Une économie qui, certes, a beaucoup pâti de la guerre en Syrie mais qui, en réalité, souffre de maux plus anciens et plus profonds. Ce sont ces maux que le gouvernement libanais s’est engagé à traiter à travers des réformes trop longtemps reportées. Des réformes qui, en retour, consolideront le climat de confiance dont les partenaires du Liban ont besoin pour investir. Les perspectives sont importantes, avec près de 11 milliards de dollars disponibles, dont 550 millions d’euros de la part de la France. Il s’agit du dossier le plus urgent pour le prochain gouvernement.

Paris, disais-je, mais aussi Bruxelles, car le monde ne saurait détourner le regard de l’effet profondément déstabilisateur que la guerre en Syrie a eu, depuis sept longues années, sur les voisins de ce pays et, singulièrement, sur les équilibres fragiles du Liban. Le sujet véhicule beaucoup de peurs. Il génère beaucoup de désinformation. C’est pourquoi je souhaite vous en parler en vérité.

La France, pas plus que ses partenaires, ne souhaite pas l’implantation des réfugiés syriens au Liban. Comme les Libanais, elle souhaite leur retour dans leur pays, retour sans lequel c’est l’identité même du Liban qui serait menacée.

Mais je ne vais pas vous cacher la vérité. La Syrie est détruite : 7 millions de réfugiés, près de 7 millions de déplacés, 80% des infrastructures détruites, un PIB de 60 milliards de dollars en 2010 tombé à 12 milliards en 2016. Des combats qui viennent de s’achever à Deraa, qui n’est plus une zone de désescalade depuis le 23 juin. La ville d’Idlib, qui comptait 400.000 personnes avant la guerre, qui en compte 4 millions aujourd’hui. Où va la Syrie ? Personne ne le sait.

C’est pourquoi la France appelle les parties en présence en Syrie à œuvrer pour une solution politique et c’est pourquoi elle condamne l’adoption par la Syrie de la loi n°10 relative à l’expropriation, qui entrave le retour des réfugiés. Dans l’attente que les conditions pour un retour global soient réunies, la France continuera d’appuyer les efforts de la communauté internationale. C’est dans cet esprit qu’elle a annoncé à Bruxelles un effort financier en faveur du peuple syrien et des communautés hôtes d’un montant d’un milliard d’euros pour la période 2018-2020.

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Mesdames et Messieurs,

J’entends beaucoup dire que la France serait de retour au Liban. Je ne partage pas ce jugement. S’il est vrai, comme je viens de le dire, que mon pays a beaucoup fait pour le Liban dans le passé le plus récent, je crois profondément qu’il s’est ainsi montré fidèle, comme il l’a toujours été, à son amitié historique pour le Liban et aux liens de toutes sortes tissés entre les Libanais et les Français.

Je n’oublie pas, surtout, que cette amitié, exceptionnelle à l’échelle du monde et de l’histoire, puise sa force d’abord dans la profondeur et l’ancienneté des relations humaines entre les populations de nos deux pays, c’est-à-dire dans une affinité avant tout culturelle.

Car ce qui se trouve au fondement-même de notre relation, c’est bien l’ambition partagée de permettre à chacune et chacun de s’épanouir. Là est l’ambition profonde de l’enseignement francophone, le plus ancien des innombrables liens entre nos deux rives de la Méditerranée, qui traverse une période difficile et qu’il convient de soutenir. Là est encore l’horizon de notre coopération, comme l’illustrera la visite prochaine du président de la République, M. Emmanuel Macron, qui sera l’occasion de signer une feuille de route pour la francophonie.

Comme je l’ai souvent dit, il s’agira d’une feuille de route ambitieuse, dont le président a dévoilé les grands traits dans son discours du 20 mars dernier : doubler le nombre d’élèves scolarisés dans le système scolaire français en 5 ans, faire de la langue française la troisième langue la plus parlée dans le monde, alors qu’elle est la cinquième aujourd’hui. Nous sommes 275 millions de locuteurs dans le monde aujourd’hui, nous serons 750 en 2050. Non ! Parler français n’est pas démodé. Parler français est un plus, c’est accéder à la deuxième langue de la globalisation. 125 millions de personnes apprennent le français dans le monde. 900.000 professeurs de français dans le monde y travaillent. Le Liban est à la pointe de cette ambition. J’espère qu’il en sera le pays pilote.

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Mesdames et Messieurs,

Vous le voyez, tout favorise le développement des projets qui éclosent dans tous les domaines entre la France et le Liban. Je vous remercie de la part que vous prenez – élus, entrepreneurs ou associations – à ces projets et souhaite vous assurer du plein soutien de l’Ambassade de France.

Je remercie la musique des Forces de sécurité intérieure, dirigée par le Colonel Ziad Mrad, Marie-Joe Abi-Nassif et la chorale de l’Université antonine, qui vont à présent interpréter les hymnes nationaux.
Vive la France ! Vive le Liban ! Vive l’amitié franco-libanaise !/.

Dernière modification : 16/07/2018

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